Une saison oubliée à L’Esperluète, une des 250 plus belles librairies du monde !
J’ai rencontré Olivier L’Hostis en février 2024 au salon de Pierres, sa librairie L’Esperluète, à Chartres, était partenaire du salon organisé par Stéphane Maillot. Mon stand se trouvait près de la sortie du salon, non loin du lieu d’encaissement, et cette proximité m’a donné l’occasion d’échanger avec Olivier.
Il m’avait expliqué qu’il était psychanalyste avant d’être libraire, ce qui m’a incitée à lui parler de mon roman Une saison oubliée. Ce roman se présente en effet comme le journal que tient Lucile, mon héroïne. Il est son interlocuteur fictif, celui à qui elle se livre sans tabou dans la quête du passé de sa mère et la quête de sa propre résilience. Or ce journal, par dérision peut-être, Lucile l’a baptisé Sigmund.
Voici la quatrième de couverture :
« Je ne te cacherai rien, Sigmund.
Tu sauras tout de mes vertiges et de mes idées noires, de mes exercices de funambule au-dessus des précipices et de mes apnées dans les eaux mortes de la mémoire. »
Au pays de George Sand,
Une maison de famille oubliée,
Un étang mystérieux,
Une enfant fantasque…
À la mort de sa mère, Lucile hérite d’une maison dont elle ignorait l’existence. Encore fragilisée par une récente rupture amoureuse, elle vient s’y réfugier dans l’espoir d’y faire son deuil.
Alors que tous se taisent autour d’elle, elle devra lutter pour que ressurgissent les secrets de famille enfouis sous des années de silence. Au cours de cet été caniculaire, elle livre à Sigmund, son journal, sa quête d’apaisement et de vérité.
Une saison oubliée, Bande annonce.
Une saison oubliée est une histoire de secret de famille. Chaque famille possède ses secrets, plus ou moins bien cachés, ils ressurgissent, tôt ou tard, par bribes ou dans la brutalité d’une révélation, suintant comme une plaie qui ne veut pas se refermer ou crevant comme un abcès. Car il est illusoire de se bercer d’illusion, on a beau essayer de cacher la poussière sous le tapis, elle est toujours là pour provoquer des allergies. Il en va de même pour ce que l’on tait, le silence n’empêche pas le travail de sape. Les creux de l’histoire sont toujours là, comme des chausse-trappes où l’on tombe un jour ou l’autre. Dans Une saison oubliée, c’est une fillette étrange qui permettra à Lucile de renouer les fils du passé et de trouver l’apaisement. Car même si les sujets abordés sont graves, ce livre n’a rien de désespéré, au contraire.

Certains livres naissent sans qu’on sache trop pourquoi. Ils devaient mûrir dans un coin de la tête, bien cachés, en attendant le déclic qui les feraient émerger à la surface de la conscience.
Pour Une saison oubliée, c’est Verlaine qui chantait dans ma tête :
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.
Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.
Ce poème éveille en moi une réminiscence, le souvenir chancelant d’un ancien jardin que possédaient mes grands-parents lorsque j’étais une toute petite fille, j’avais peut-être cinq ans. Je n’y suis allée que quelques fois, mais je garde l’image, sans doute fausse, d’une porte de fer forgé, noyée dans la végétation, et celle de fragiles violettes au milieu des orties. À un certain âge où les souvenirs d’enfance coulent entre les doigts, alors même qu’on voudrait les retenir. C’est peut-être pour cela que j’ai imaginé Lucile, remontant aux sources de son histoire, quitte à découvrir de douloureux secrets de famille. Rien cependant n’est autobiographique dans ce roman et selon l’expression consacrée, toute ressemblance avec des faits ou des personnes réelles ne serait que pure coïncidence.
Évidemment, comme l’écrivait Giono dans Noé : « Quoi qu’on fasse, c’est toujours le portrait de l’artiste par lui-même qu’on fait. Cézanne, c’était une pomme de Cézanne. » Qu’est-ce à dire ? C’est que la fiction se nourrit du réel. Même dans une histoire qui n’a rien d’autobiographique, des bribes de réalité se tissent à la trame de la fiction. Ainsi ai-je emprunté à mon grand-père l’exclamation « Funérailles ! » pour le prêter à celui de Lucile.
L’imaginaire se nourrit de rencontres, de souvenirs et de lectures, d’amours et de désamours. Et les coïncidences prennent sens.
J’avais envie d’eau dormante, de celle dont il faut se méfier, séduisante et inquiétante, avec sa faune mystérieuse. Je rêvais d’un étang sous la chaleur, de ses couleurs et de ses odeurs. Il est devenu une entité centrale du roman. Personnage à part entière, son humeur est changeante, comme la perception que Lucile a de lui. Il est tantôt apaisant dans sa beauté solaire, tantôt inquiétant sous la lumière pâle de la lune. C’est lui qui a décidé de l’endroit où se situerait l’histoire : la Brenne aux mille étangs. Un autre souvenir d’enfance.
La Brenne, le Berry, ses légendes et George Sand qui nous les a contées. Et voilà comment Amantine Aurore Lucile Dupin s’est invitée dans Une saison oubliée, et que dans la maison familiale, Lucile trouve un exemplaire des Légendes rustiques de la bonne dame de Nohant. Ce livre dont, sur le moment, elle ne réalise pas l’importance et qui pourtant contient quelques clés qui lui seront utiles pour ouvrir les portes du passé.

Il m’est difficile d’en dire plus ici, sans que ce plus devienne trop. Alors, revenons à Chartres et à L’Esperluète. Olivier L’Hostis avait eu la gentillesse de lire Une saison oubliée et de m’en faire un retour favorable. Nous avions évoqué en 2024 une séance de dédicace dans sa librairie, mais à l’époque, ma série policière « Les dossiers de Mathilde » n’était pas encore publiée dans son intégralité chez mon éditeur Banlieue Est Éditions, et nous avions convenu d’attendre que ce soit le cas pour concrétiser ce projet. C’est maintenant chose faite avec les quatre opus (Château La Fugue, Hareng au sang, Dans la gueule du Loup et Hier ne meurt jamais) et la date de ma venue à Chartres est fixée : le samedi 14 mars.
Je vais donc avoir le plaisir, un peu intimidant, de venir présenter mes livres dans une des 250 plus belles librairies du monde. Car c’est le titre mérité qui vient de lui être décerné dans un ouvrage des prestigieuses éditions Citadelles et Mazenod. L’Esperluète déploie en effet ses rayonnages dans un incomparable ensemble architectural de la Renaissance, longtemps appelé « la maison du docteur » ou « le Logis Claude Huvé », du nom du médecin qui, au XVIe siècle, embellit et agrandit cette demeure dont il avait hérité. Nul doute que cet homme, acquis aux idées de tolérance et de culture de l’Humanisme de son époque, se réjouirait de savoir que sa maison abrite aujourd’hui des livres. Mais peut-être son esprit habite-t-il encore un peu ces lieux pleins d’histoire et de savoir ? C’est en tout cas une idée qui me plaît.
Au cours des siècles, la maison connut divers avatars, mais depuis 1953, elle a trouvé sa vocation de librairie. Tout d’abord grâce à la famille Legué, avec « Au livre d’Or », puis depuis 2008 avec l’Esperluète d’Olivier L’Hostis, et bientôt grâce à Gersende Guingouain, prête à poursuivre l’aventure.
C’est donc dans ce lieu inspiré et inspirant que je viendrai le 14 mars présenter Une saison oubliée et mes autres romans. Merci aux libraires qui font ainsi vivre les livres avec passion et ouvrent généreusement leurs portes aux autrices et aux auteurs : de grandes plumes dont la célébrité n’est plus à faire, mais aussi des écrivaines et écrivains peu connus, leur offrant ainsi l’opportunité de venir à la rencontre des lectrices et des lecteurs. Car telle a toujours été la volonté d’Olivier L’Hostis et de Gersende Guingouain, faire de la librairie un lieu vivant d’échanges et de découvertes.
La métaphore est certes un peu usée, mais tellement vraie : « les livres sont des fenêtres ouvertes sur le monde ». Or comme un symbole de cette ouverture culturelle et humaniste, des fenêtres à meneaux, conservées d’une ancienne façade du XVIe siècle, dominent le grand escalier en bois, au design contemporain, qui nous élève dans sa courbe gracieuse jusqu’à l’étage où nous attendent encore certains des 40 000 titres de cette caverne d’Ali Baba.
Quelques liens ci-dessous pour en savoir plus sur l’Esperluète et en faire une visite virtuelle, avant de la découvrir en chair et en livres :
Citadelles et Mazenod, Librairies dans le monde
Chartes votre ville #259 janvier 2026



