Le musée Pierre Merlier est un jeune musée ! Il a été inauguré en juin 2019. Mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. C’est un lieu magnifique, à Escolives-Sainte-Camille : un ancien moulin au bord du canal du Nivernais que Pierre Merlier et son épouse Michèle avaient acquis en 1976. Après sa rénovation, Pierre Merlier s’y installa en 1979. Il y vécut et y travailla jusqu’en 2012. Vous pouvez donc y admirer la prodigieuse collection de ses œuvres, dans le lieu même où elles furent créées, pour la plupart. Michèle Merlier et une équipe de bénévoles passionné·e·s et dévoué·e·s font vivre cet espace, organisant visites, conférences et expositions temporaires d’artistes contemporains.
Pierre Merlier.
Pierre Merlier est né le 14 octobre 1931 à Toutry, en Côte-d’Or. Il y passe une enfance plutôt solitaire chez ses grands-parents, et déjà s’éveille son goût pour l’art, goût qu’il nourrit en visitant les églises pour y étudier les sculptures et les peintures qui les ornent. Il dessine et sculpte en autodidacte, puis, à quinze ans, il entre en apprentissage à Auxerre, chez le sculpteur François Brochet qui lui enseigne la taille directe. Il dégrossit dans le bois brut les silhouettes des statues qu’achève Brochet, artiste déjà réputé.
Mais Pierre Merlier s’émancipe rapidement de son maître pour chercher sa propre voie. C’est durant cette période qu’il réalise également ses premières sculptures polychromes, en pierre ou en bois, d’inspiration cubiste. Lorsqu’il part ensuite faire son service militaire à Berlin, il y découvre l’expressionisme, des artistes comme Otto Dix, Egon Schiele ou Munch qui resteront une source d’inspiration constante dans son œuvre.
Sa première exposition personnelle à Paris a lieu en 1955 et l’année suivante il reçoit le prix du Salon de la jeune sculpture. Il refuse les tendances d’avant-garde des années 1960, et obtient, en 1961, la bourse de la Fondation de la Vocation. Cette reconnaissance lui permet de créer des œuvres pour des institutions. Parallèlement, il continue d’exposer avec succès en France et à l’étranger (Paris, Lausanne, Londres, Los Angeles), mais aussi fréquemment en Allemagne. Les collectionneurs de tous pays ont à ce jour essaimé dans le monde entier une œuvre qu’il est urgent de redécouvrir en France !
Son atelier auxerrois devient trop exigu pour contenir son peuple de statues. En 1979, il s’installe donc avec son épouse dans ce moulin devenu aujourd’hui son musée. Il y poursuit son œuvre, en ermite, souvent provocateur. « Je fais une sculpture figurative, ironique, satirique, mais jamais anodine. (…) Mon personnage est polémique, je suis revêche, rebelle et rustre », déclare-t-il dans un article du Point paru en septembre 2011.
À partir de 2012, ses forces déclinantes ne lui permettent plus de sculpter, il se consacre alors exclusivement à la peinture. Il aura réalisé plus de deux cents toiles. Il décède à Auxerre le 25 juillet 2017, laissant une œuvre prolifique : sculptures et bas-reliefs, terres cuites, gravures, dessins, peintures… Plus de 300 œuvres sont exposées au Moulin du Saulce à Escolives, et autant sont en réserve.
L’orfèvre du bois.

Merlier sculpte le chêne, le tilleul, il fait revivre des écorces et des chutes de bois dans des séries de sculptures aux thèmes variés.
Les personnages de la Forêt Humaine se couronnent de souches de cerisiers pour créer un peuple fantasmagorique particulièrement saisissant. Dans ce monde à l’envers, les racines deviennent chevelures hirsutes et tentaculaires d’êtres hybrides au regard souvent inquiet. D’autres têtes bourgeonnent d’un entrelacs de visages humains et animaux.
Jamais anodine, parfois dérangeante, toujours fascinante, l’œuvre de Merlier est protéiforme.
La nudité s’exhibe ou se voile. Certaines figures sont fièrement ou grotesquement ithyphalliques, d’autres, pudiques, cachent ou tentent de cacher une poitrine ou leurs yeux derrière de grandes mains, un motif récurrent chez l’artiste.
La satire et l’humour grinçant ne sont pas absents chez Merlier qui peut à l’occasion endosser le rôle du trickster (voir plus bas). En témoignent ses caricatures d’hommes politiques, de figures historiques, de militaires, sa série « Les Banquiers », personnages aux crânes chauves et luisants, vêtus de costumes serrés, ou encore son hommage au Père Ubu de Jarry.
Les influences des artistes qui l’ont marqué se retrouvent dans son œuvre. Ses militaires grotesques ne sont pas sans rappeler Otto Dix et l’on découvre avec émotion le Baiser de Klimt, en trois dimensions, ainsi que d’autres interprétations du peintre autrichien. On pense aussi à Beckman et Valloton, autres sources d’inspiration.
À l’opposé des figures grimaçantes, une harmonie douce et sensuelle s’incarne dans une série de femmes en longs manteaux à col montant. Certaines statues représentent des personnages d’une naïveté touchante, comme cette femme portant son chat serré contre sa poitrine, ou cette autre coiffée d’un chapeau-marguerite. Quant aux gigantesques totems, hybrides d’humains, d’oiseaux et de fleurs, j’y vois pour ma part la douce nostalgie d’un paradis perdu.

Vous l’aurez compris, l’œuvre de Pierre Merlier est trop riche et trop foisonnante pour la présenter ici en quelques lignes. J’ai fait l’impasse sur ses bas-reliefs, ses peintures, son travail de la pierre, pour ne citer que ces lacunes.
Je vous laisse découvrir des photos de ses œuvres sur le site du musée, avant de venir à Escolives-Sainte-Camille, les admirer en chair et en bois. C’est un univers fantastique et magnifique qui parle à notre imaginaire et dont l’exploration nous enrichit.
Trickster, extrait de l’article Wikipedia : « Figure chaotique et radicalement ambivalente, le fripon est à la fois bon et mauvais, source de désordre et force civilisatrice, briseur de tabous, farceur humiliant parfois lui-même humilié. Médiateur entre l’aspect divin et le monde matériel des humains, lui-même se situant aux frontières de ces deux mondes, il incarne une force duelle et équivoque. Il peut vaciller avec facilité de l’autodérision au sérieux le plus total. Légers en apparence, ses stratagèmes ont souvent une seconde lecture qui questionne les certitudes de son interlocuteur, sa conformité et ses limites morales. »
Le Musée Pierre Merlier est ouvert, de Pâques à la Toussaint, tous les jours de 11 h à 18 h 30 sauf le mardi et aussi sur RV hors saison :
+33 (0)6 74 86 17 05.
Dans le cadre du « Petit Monde », les expositions temporaires organisées chaque année, vous pouvez en ce moment y découvrir les vaches de Belin : Marguerite et la Noiraude. Une exposition militante à ruminer !
L’atelier d’écriture.
C’est donc au sein même du musée Merlier que l’association vous invite à participer à l’atelier d’écriture que j’animerai le samedi 9 mai 2026. Il s’agit de redécouvrir, à travers des jeux d’écriture, l’œuvre de Pierre Merlier avec un regard décalé et malicieux.
Lorsque j’enseignais au lycée de Sens, j’ai été formée aux ateliers d’écriture par le GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle), dont le credo est « Tous capables ! Tous chercheurs ! Tous créateurs ! » En leur compagnie, j’ai alors animé de nombreux ateliers en milieu scolaire, en MJC ou GRETA.
Les méthodes d’écriture sont inspirées de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle). Ce groupe de recherche littéraire fut fondé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau. L’idée principale est que la contrainte est créative. On s’impose donc des contraintes d’écriture parfois (souvent) farfelues qui obligent à décaler l’écriture, à sortir des sentiers battus et des clichés, et qui permettent de découvrir des ressources insoupçonnées du langage.
Un exemple bien connu de texte oulipien est « La Cimaise et la Fraction » de Raymond Queneau, réécriture de la fable « La Cigale et la Fourmi » de La Fontaine, selon la méthode S+7, qui consiste à remplacer chaque substantif d’un texte par le septième qui le suit dans le dictionnaire.
Nulle compétence particulière n’est requise pour écrire : « Tous capables ! ». Il suffit d’accepter de jouer le jeu, car le but est de se divertir dans la création, et de se laisser porter par les contraintes. Les textes produits peuvent prendre différentes formes, individuelles ou collectives, narratives ou poétiques.
Depuis que je me suis installée en Normandie, j’ai continué à proposer ponctuellement des ateliers à mes collégiens. Trop peu à mon goût, car ce sont des activités valorisantes pour les élèves, particulièrement ceux en délicatesse avec l’expression écrite, mais elles demandent beaucoup de temps… et nos horaires sont contraints. En revanche, je n’ai plus eu l’occasion de pratiquer d’atelier d’écriture avec des adultes. Je me réjouis donc, non sans un certain trac, je l’avoue, de renouer avec cette pratique en compagnie des œuvres de Pierre Merlier.



